La société hypermoderne

La modernité est sous tendue par trois idées : celle de progrès, celle de raison, celle du bonheur auquel le progrès et la science ne peuvent manquer de conduire. La philosophie des lumières avec les valeurs de liberté et d’égalité incarne l’essence même de l’esprit moderne et de l’humanisme qui y est associé !

Dans la société hypermoderne, l’individu qui émerge des bouleversements accomplis durant ces trente dernières années présente des facettes contradictoires :Débordé de sollicitations et d’exigences d’adaptation permanente conduisant à un état de stress chronique pressé par le temps et talonné par l’urgence, développant des comportements compulsifs et trépidants visant à combler ses désirs dans l’immédiat et à gorger chaque instant d’un maximum d’intensité il peut aussi tomber dans un excès d’inexistence lorsque la société lui retire les supports qui lui permettent d’être un individu au sens plein de ce terme.

Selon Nicole Aubert, depuis quelques décennies nous sommes passées d’une société à espace long/temps long à une société à espace long /temps court (Torres, 2004), dans laquelle a disparu une importante catégorie du temps : celle de l’éternité.

Du temps long au temps court : La disparition de l’éternité

Espace court /temps long

Jusqu’au 19ème siècle, nous vivions essentiellement dans les sociétés agraires, dans lesquelles la plupart des acteurs économiques relevaient du secteur primaire et exerçaient un métier agricole, minier ou artisanal, qui se transmettait de père en fils, de génération en génération. C’était une période de temps long, de rythmes réguliers, de changements lents. L’individu n’avait accès qu’à un espace très limité, il ne pouvait aller loin.

Espace long /temps long

C’est au cours du 19ème siècle que les choses changent et que l’on bascule dans une période d’espace long/temps long. Les figures de l’artisan et du paysan laissent la place à celle de l’industriel, à l’émergence des firmes multinationales et à l’apparition d’un capitalisme qui se mondialise, qui a donc besoin d’un espace de marché le plus large possible (ce qui est permis par le développement des transports) mais qui, simultanément, fonctionne toujours sur un temps long parce qu’il a besoin d’un environnement stable pour les produits et des processus de production très standardisés.

Espace long /temps court

Cet équilibre durera jusque dans les années 1980, date à laquelle nous sommes entrés dans une période d’espace long/temps court : Espace long, grâce au développement des infrastructures de transport et de télécommunications qui dilatent l’espace et permettent d’agir de plus en plus loin, et temps court, grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication qui contractent le temps et tentent de l’abolir. Tandis que la période précédente, celle du développement des firmes multinationales, s’étaient joué sur la conquête de l’espace terrestre, la période actuelle, celle du capitalisme financier, du capitalisme flexible, se joue sur la conquête du temps dans la mesure où la compétition a basculé dans le camp du temps : C’est en gagnant du temps, en étant plus rapide que les autres, qu’on gagne de nouveaux marchés. Et c’est la généralisation du capitalisme financier, dans laquelle les marchés doivent s’ajuster à la seconde, jointe à la révolution technologique induite par les NTIC, qui entraine de nouvelles façons de vivre le temps : Instantanéité, permise par les nouvelles technologies de l’information et de la communication, une instantanéité qui génère une exigence d’immédiateté qui elle-même signe l’avènement du règne de l’urgence.

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